J’aime cet homme-là.
D’une pudeur extrême dans sa nudité, dépouillé de tout artifice, livré aux regards et peut-être aux désirs, abandonné de tous, et des dieux.
Et d‘une insolence totale, parce que ses mains ne parviennent même plus à cacher son désespoir.
Celui de l’Homme face au néant des cieux.
Accablé avant de défier les dieux.
Ou plutôt, avant de leur demander de le défier.
Parce que c’est la seule attitude possible, n’est-ce pas?
" Les dieux alors regardèrent vers la Terre où les hommes s’agenouillaient, priaient et pleuraient. Ils les considéraient avec cette condescendance qu’ont les immortels envers les pauvres humains qui ignorent tout de leur sort, et du jour de leur mort, et que cette ignorance rend fous, fous d’angoisse et de douleur. Ils les méprisaient de s’humilier ainsi et leurs rires sonores glaçaient d’effroi les plus courageux.
C’est alors qu’un homme, un simple mortel, se redressa, leur fit face, et d’une voix forte comme jamais aucun homme n’en avait eue, une voix que même les dieux ne pouvaient pas ne pas entendre, eux qui sont pourtant sourds aux appels et aux prières, leur cria: " Défiez-moi! ".
Soudain, le mépris qu’ils avaient pour les humains disparut, leurs rires cessèrent, et les hommes qui, à genoux, baissaient les yeux depuis tant de milliers d’années, osèrent lever le regard; et ceux qui avaient encore plus courbé la tête lorsqu’ils avaient entendu leur compagnon, et ceux qui avaient osé le regarder à cet instant, et ceux qui l’avaient maudit pour sa révolte, et ceux qui l’avaient béni pour son cri de désespoir et d‘exaltation mêlés, de volupté douloureuse , tous se levèrent, enfin, scrutèrent le ciel et la demeure des dieux, et surent qu’il n’y avait personne, qu’il n’y avait jamais eu de dieu, et qu’il n’y en aurait jamais… "
Ikkar, Les Chants

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