Je sais. Rien n’est simple.
Ni la vie que l’on mène. Ni celles que l’on rêve.
Pas obligatoirement d’avoir - juste celles qui se vivent, en parallèle, dans des lieux ou des temps inconnus. Des temps et des lieux que nul autre ne fréquente.
Pas d’intersections possibles. Tunnels étanches.
Faire attention.
Prendre garde à ne pas déraper, ne pas glisser d’une vie à l’autre, sans avertissement.
Ne passer les gués, ne franchir les ponts, balisés, précis - impossible de se tromper -, qu’ à heure fixe. Sur commande. Ou presque.
Et l’on quitte une vie pour entrer dans une autre.
Schizo?
Il est facile , voire agréable, - salutaire? - , de s’en accommoder.
S'échapper. Eviter les coups bas. Ceux de la vie.
Et même pas de droit de péage! Juste un clin d’œil. Passer d’une rive à l’autre, sans heurt ni anicroche. D’un sourire, ou d’une larme, avertir que l’on pénètre dans un autre monde, le murmurer ou le crier, suivant les moments. Et plonger.
Schizo?
Prendre garde.
Et parfois, pourtant.
Parfois, les parallèles se rejoignent , et il se fait des interférences. Qui donc peut ignorer cette loi qui veut que, à l’infini, et malgré tout ce que l’on s’obstine à nous apprendre, les parallèles finissent toujours par se rejoindre?
Les vies qui ne devaient jamais se croiser, qui devaient s’ignorer, se télescopent.
Brutalement.
Apnée.
Et se confondre.
Apnée.
Schizo?
Confondre sa vie et celle des autres.
Se laisser entraîner. Malgré soi. Ne pas résister.
Se confondre avec les autres. Ceux qui ne vivent que par notre grâce.
Pénétrer leur vie et se laisser envahir.
Ne faire qu’un avec eux.
A jamais. Abandonner toute volonté. Les laisser décider.
Parce qu’eux seuls ont le droit de choisir.
Ne faire qu’un.
Ne surtout pas tenter de les retenir, de les conseiller. Ni même de leur sauver la vie.
Les tuer, s’ils doivent mourir, d’un simple trait de plume. Quitte à en pleurer des nuits durant. Quitte à porter le deuil . À en étouffer de douleur. Mourir de leur mort.
Et tout faire, puisqu’on n’a pu sauver Celui-là, oui, tout faire pour épargner cet Autre. Le cœur qui bat. Prêt à exploser. Le souffle court. Oui, au moins épargner cet Autre!
Que le souvenir de Celui qu’on n’a pas su sauver puisse au moins vivre dans l’âme de Celui-là…
Parce que tant qu’Il sera sur terre, l’Autre vivra.
Survivre avec Lui.
Malgré tout.
Parce que tant que…
Apnée.
Et ne plus s’en sortir. Ne plus pouvoir.
Rester accroché. Happé. Absorbé. Piégé.
S’y perdre.
Survivre.
À peine.
Nausée.
Apnée.
À ces instants précis où les vies parallèles se télescopent.
À ces instants.
Et tenter de reprendre le dessus. Reprendre pied. Reprendre souffle.
S’arracher.
Déchirement.
Affolement.
Se retourner.
Le gué est là.
Où?
Oui, juste là!
S’enfuir, et repasser sur l’autre rive, l’autre vie.
La vraie?
Vite.
Parce que, passé ce délai, rien n’est plus garanti, et le retour ne sera peut-être plus possible.
Parce que, passé ce délai, on risque d’errer éternellement dans ces contrées étranges et hantées.
Vite.
Sauver sa peau.
Schizo.
Ikkar
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