les songes d'Ikkar

...parce qu'il n'est jamais trop tard...

Le Paradis 7/8

Publié le 20 Novembre 2006 par Ikkar in ... et autres fadaises... le Paradis

          Oui, qu’avait-il fait, celui-là ? en tout cas, sa fuite ne dura pas bien longtemps. Deux heures après le début de la chasse, l’équipe de John ramenait son corps criblé de flèches empennées de bleu – preuves indiscutables que c’étaient bien eux, les vainqueurs, les plumes des flèches des autres étant blanches.
          Un coup de sifflet, strident, puissant, retentit pour avertir l’équipe adverse que cette partie-là était finie. Une manche à rien. Si les chasses se succédaient à ce rythme –là, ils épuiseraient le quota de prisonniers qu’à l’ordinaire les maîtres accordaient. Mais au diable – il fallait bien récompenser ces hommes qui avaient tenu trois jours et trois nuits sans bouger !
          John et ses coéquipiers repartirent. Les autres avaient une certaine avance sur eux, mais n’avaient visiblement pas trouvé le deuxième homme. Depuis quand était-il dans la forêt ? avait-il les mêmes entraves que le premier ? on ne leur avait rien dit. Ne pas marcher sur les pas de leurs concurrents. Cela ne servait à rien. La forêt était vaste. Il fallait la fouiller, recoin après recoin, taillis après taillis, grotte après grotte, ravin après ravin. La journée y passerait sans doute. Avoir pu ramener le premier aussi vite était un miracle – ou un hasard.
          Ce furent les autres qui le découvrirent, enfin, attaché à un arbre, en plein centre d’une clairière. Un Rouge. Qui ne proféra pas la moindre parole, n’eut pas la moindre larme, lorsque l’un des Jacks le visa. Une flèche en plein cœur. Tête coupée. Ne pas s’embarrasser d’un corps. Poids mort. Retour vers l’entrée. Sifflet strident.
          Un à un.
          Les maîtres s’impatientaient. L’heure du repas approchait. Ils commençaient à avoir faim. Un whisky pour attendre. Paris. A nouveau. Paris sur le vainqueur, sur le nombre de prisonniers mis à mort, sur le nombre de têtes rapportées, sur la façon de tuer… quoi d’autre ? il était près de midi, et deux hommes déjà avaient été exécutés. Car c’était bien de cela qu’il s’agissait. Des exécutions. Sans procès ni bourreau officiel. Economie sur toute la ligne. Et la jouissance du spectacle gratuit donné par ces hommes qui couraient pour sauver leur peau, devant d’autres hommes qui couraient… pour un cigare.
- Allez. Il y en a un autre…
          Le Bob de l’entrée, après avoir comptabilisé la tête rapportée, encouragea les vainqueurs de la deuxième manche à repartir. Ah oui. Il avait oublié de leur dire que le suivant était armé . Idiot. Un fou, un meurtrier dangereux auxquels les maîtres avaient fait donner un sabre… allons. Ils le découvriraient bien par eux-mêmes. Et puis, les autres ne le savaient pas non plus. Pas de favoritisme !
          Ce fut l’équipe adverse qui tomba sur lui. Ou plutôt, ce fut lui qui tomba sur eux, sabre au clair. Et d’un. Coupé en deux, de la tête aux pieds. Rires. Hurlements de terreur. Intérêt enfin devant l’écran géant. C’était une bonne idée, cher ami, de l’avoir armé, celui-là. Il sait manier le sabre, l’animal. N’est-ce pas ? je savais que cela vous plairait. Un peu de rythme dans tout cela…
          Le prisonnier ramassa l’arc et les flèches de celui qu’il venait de massacrer et s’éloigna rapidement.
          Le cri avait attiré l’équipe de John. Il est armé ! rester sur ses gardes, et oublier qu’on est deux équipes, au moins pour la traque. Après, au moment de la mise à mort, chacun pour soi.
          Ils partirent donc dans la direction prise par l’homme et qu’indiquèrent les deux Jack agressés.
- Ils vont l’avoir.
- En combien de temps ?
- Moins d’une heure.
- Pari tenu.
- Et moi, je vous parie que le Rouge en tuera au moins un autre…
- Allons, mon cher. L’effet de surprise n’y sera plus…
- Vous verrez, vous verrez…
- Et bien soit, pari tenu.
- Hmm. Notre cuisinier s’est surpassé aujourd’hui. Vous lui ferez mes compliments.
- Je n’y manquerai pas. Tenez, vous reprendrez bien un peu de…
- Pardonnez-moi ! Mais vous voyez… quand je vous le disais. Vous avez perdu votre pari, cher ami… ils ne sont plus que quatre…
- Il tire aussi bien à l’arc qu’il joue de l’épée… Vous le saviez. Avouez. .. le pari ne tient plus. Non non, je plaisantais. Je vous ferai parvenir ce qui vous revient… ah, voyez-vous, ce sont des hommes comme celui-là qu’il me faudrait au sein de mon armée. Je veux dire quelqu’un qui connaît les armes, ces armes silencieuses, pas ces machines qui font un bruit assourdissant… Tirer, tout le monde sait faire. Mais ça… non, vraiment, s’il s’en sort…
- … Et non, cher ami… il ne s’en sortira pas…
- Ils s’y sont mis à trois !
- C’est vrai. Mais ils l’ont eu.
- C’était ce qu’on leur avait demandé, non ?
- Et puis, c’était un assassin, après tout…
- Il l’a toujours nié…
- Comme tous ceux qui sont là…
- Enfin, je devrai me passer de ses services… dommage…
- Vous en trouverez d’autres…
- Au fait, qui l’a tué finalement ?
- J’ai vu une corde blanche passée autour de son cou…
- Ce sont donc les Jack…
- Hé hé, votre John semble en difficulté…
- Il est tôt encore. Il peut tuer deux ou trois autres prisonniers d’ici demain matin…

                                                                                                                                                                  [à suivre]

 

 

 

 

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T
Ikkar tu es machiavélique!
Répondre
I
mais non, voyons, ce n'est qu'une impression... <br /> Ikkar, with love