Se retourner.
Furtivement.
Est-ce que, vraiment, on a raté sa vie?
Est-ce que, vraiment, les rêves d'enfance se sont engloutis, corps et biens? corps et âme...
Dérive...
Et ces sables mouvants dans lesquels on ne cesse de s'enfoncer, sans recours... Inexorablement.
Que reste-t-il des songes éveillés que les adolescents font, au creux de leurs nuits blanches? A peine une cicatrice parfois, parfois une blessure encore béante.
Tout dépend des heures. Grises.
Se retourner.
Lentement.
A quoi servent ces regards en arrière?
Rien qu'une souffrance supplémentaire - même pas toujours suave. Doigts sur la plaie, et la douceur fade du sang qui coule et que l'on porte aux lèvres...
Rien qu'une souffrance supplémentaire.
N'en avons-nous pas assez de celles qui nous guettent, de celles qui nous laminent, coeur lacéré?
Regarder à nouveau l'horizon qui s'enfuit, qui s'échappe à chaque seconde.
Pas de repère. Les amers n'existent pas.
A peine quelques échéances.
Et quelques sourires pour aider à continuer. Et des fous-rires aussi. Et des larmes.
Ne pas rater l'avenir comme on a raté le passé.
Au moins, cet espoir-là - qui, bien sûr, sera déçu.
Qu'importe?
On aura tenté. Une fois de plus.
Ne rien regretter, jamais.
Ni remords, ni regrets.
Même si jamais l'on ne doit voir Venise...
Ikkar

par William Turner
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