Trente ans.
Quatre concerts. D'affilée.
Quatre concerts, l'attente, des heures durant devant les portes fermées, la course pour être devant la scène, l'attente à nouveau. On savait, à l'époque, qu'il suffisait qu'une seule voix s'élevât au fond de la trop grande salle, pour obtenir que ceux qui étaient devant acceptassent de s'asseoir à même le sol.
Autres temps...?
Quatre concerts de Pink Floyd.
Transe.
Quatre concerts.
Les joints circulent. J'en adore l'odeur. Je n'y touche pas... pas la peine. La musique suffit... La guitare, la voix et les larmes de Gilmour me hantent, nuit après nuit, depuis si longtemps...
Quatre concerts coincés entre des révisions d'agrégation - une agrég que je n'ai pas eue, et tant mieux. Comment ressasser les mêmes thèmes latins toute une vie durant, comment faire partager mon cher Horace qu'alors je lisais à livre ouvert - comme certain qui faisait ses cours sur Montesquieu en lisant ses notes sur des fiches jaunies par des années d'enseignement soporifique...?
Quatre concerts enserrés entre des pages, des lignes jetées sur le papier comme autant de pleurs, dix-ou-douzième-roman, de ceux qu'on ne donne à personne, et qu'on réécrit toujours - est-ce qu'on ne réécrit pas toujours la même histoire?
Quatre concerts partagés avec un ami, perdu depuis bien trop longtemps. Aperçu, peut-être, il y a quelques mois au concert de David Gilmour. Peut-être. Etait-ce lui? Je ne le saurai jamais, pour ne pas avoir osé l'approcher, l'aborder, lui parler - par crainte que ce ne soit pas lui, qu'il ne me reconnaisse pas, qu'il ne soit pas seul?
Peut-être était-ce lui?
Il y a trente ans...
Qu'ai-je donc fait depuis?
À part courir après ce souvenir-là?
A part courir après le temps qui passe?
Ikkar
Les plaintes et le sang des hommes...
What did you dream? It's alright we told you what to dream...
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