les songes d'Ikkar

...parce qu'il n'est jamais trop tard...

Michel Giliberti

Publié le 25 Mars 2007 par Ikkar in Ikkar

  

Cela faisait plus de 20 ans que je n'avais plus visité ce Salon. Souvenir médiocre, sans doute... les files d'attente interminables pour faire signer par des écrivains au sourire figé, les livres que l'on se doit de posséder, mais que l'on ne lira même pas... des milliers de piles de bouquins que l'on se contente de feuilleter, au mieux, devant lesquelles on passe, presque sans un regard, le plus souvent. Trop de monde, trop d'auteurs, trop de stars ou qui se croient telles, trop de congratulations...
Je n'avais donc plus l'intention d'y repointer jamais le bout du nez.

Et puis...
Et puis, une invitation délicieuse m'avait été envoyée. Comment refuser? Je ne résiste pas au talent. Je n'ai jamais su.
Et j'avais passé trop d'heures sur ce blog-là pour esquiver.
J'avais passé trop d'heures à lui laisser des commentaires sur ses oeuvres, et à attendre les siens sur mon blog...
Je m'étais pourtant juré de ne jamais rencontrer ces amis virtuels, ceux auxquels il est si simple de se confier. Apprivoisement réciproque, au long des soirées qui s'éternisent devant l'écran,
sans jamais pourtant m'autoriser la moindre image de moi...
Trop de secrets révélés , de ces secrets violents, douloureux, de ceux que l'on ne s'avoue à soi-même qu'aux heures les plus sombres des nuits les plus sombres, celles où l'on peut cacher ses larmes, celles où l'on ne peut plus se mentir, où l'on ne peut plus se trouver d'excuses.
Trop de confidences, pour oser se rencontrer, se confronter, affronter la réalité d'un regard.

Mais je ne résiste pas à l'art. Et c'est bien la seule justification que je me trouve à avoir osé déroger à la règle que je m'étais fixée.

Framboise a la discrétion de ne pas m'accompagner. Elle sait combien je tiens à cette croisée de chemins, même si j'hésite encore. Même si je la crains.
Je saurai(s) trouver un prétexte pour excuser, même à mes propres yeux, mon absence à un rendez-vous qui n'a même pas été vraiment pris - tout juste suggéré.
Mais l'envie de cette rencontre-là est bien trop puissante. Ce que j'ai lu de lui, ce que j'ai vu de son art...

Donc, le Salon...

Il est là. Et mes hésitations s'envolent. Je me présente. Surprise. Eclats de rire. Non, finalement, il n'est pas si surpris...
J'ai mille questions à lui poser. A peine si j'ose lui en poser trois ou quatre.
Il est d'une générosité d'âme insolente. Les artistes, les vrais, sont ainsi, sans doute. Il sait, en à peine quelques phrases, vous donner l'impression que l'on serait capable de comprendre l'univers... 
Il parle.
Il parle de Paris, d'art bien sûr, de la Tunisie, d'édition, de névroses, de l'amour, de son jardin, de l'absence, de sa mère, de l'enfance, de la liberté, de la mort, du compagnon de sa vie, de son âme, qui est là, qui sera toujours là, quoi qu'il arrive... Entre deux sourires ravageurs, pudeur du désespoir.
Il dit les phrases que j'attendais d'entendre, pour les avoir devinées même pas toujours entre les lignes, dans ce qu'il écrit, dans ce qu'il peint. Je lui confie des mots/maux que je ne pensais même pas dire. Presque comme si nous nous connaissions depuis toujours...Tout juste quelques minutes. De celles qui comptent.

Juste un rêve, une parenthèse...

Je repars.
Ah oui, je me fais un dernier cadeau. Deux dictionnaires, que je lirai, comme beaucoup d'autres, de la première à la dernière ligne...

Et voilà. Depuis, je sombre au fil des mots de ses livres, achetés ce jour-là, tous , sans exception, - parce que, moi que l'on croit si sage, je plonge toujours avec délice dans l'excès...

 

Prenez soin de vous deux...

                          

                                                                                                 Ikkar

 

 

 

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Bonjour Ikkar<br /> C'est vrai que tu lis les dictionnaires jusqu'à la dernière page ? Mais tu es fou alors   :-)<br /> Je t'embrasse
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I
De la première à la dernière, oui. Pour certains du moins, parce que, possédant trois bibliothèques complètes de dictionnaires, je n'ai quand même pas la prétention de dire que je les ai tous lus intégralement. Ma folie ne va pas jusque là... lol<br /> Je t'embrasse.
M
Tu écris magnifiquement comme d'habitude ! Je suis allée voir ce blog et il est effectivement superbe ! Bravo My Lord <br /> Ish<br /> Dame tine
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I
Merci, douce Dame. Et toi, tu es toujours aussi indulgente avec moi...Cela t'a permis d'aller faire un tour sur ce blog... Tu vois, je ne t'avais pas menti... lol
M
Bel hommage, article émouvant, que je comprends tout à fait. Pour avoir lu et contempler ces 2 livres ; je ne m'étonne que d'une chose : qu'ils ne soient pas plus connus...bonne journée
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I
Le "sujet" ne peut que susciter ce genre de petit texte...<br /> Bonne journée...See you soon
M
J'ai rougi jusqu'à la racine des cheveux en lisant votre si beau et si émouvant texte. Je ne sais pas quoi dire car tout risquerait de me bouleverser davantage. Je suis confus, heureux, ici et là, brisé en mille éclats d'émotions.Je ne mérite certainement pas ce si beau texte, mais de toute évidence c'est un des plus émouvants qu'il m'ait été donné de lire.Merci Ikkar du fond du coeur... j'ajoute que le dessin de Arteashow est très beau. Je vous embrasse, Michel with passion...
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I
Je vous embrasse...
A
magnifique ! à la lecture de ton article  je me suis précipité d'un clic magique pour me rendre sur le blog de Michel Giliberti un univers qui m'a semblé proche du tien en apercevant les dessins le même souci du trait bien senti finement réalisé de haute volée à très bientôt bizzz je vais aller reposer mes chtis noeilstake careLolops juste pour info je monte dans l'oise cette semaine récupérer un prix au festival BD de saint quentin
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I
Que vas-tu comparer? lol... merci quand même... arf