Que connaît-on de la douleur des autres?
Que connaît-on de la douleur de l’autre?
Ses larmes, ses cris veulent-ils dire ce que nous croyons? Ses prières, parfois à peine murmurées, à bout de souffle, à bout de vie, sont-elles seulement entendues? devinées?
Que connaît-on de la douleur de l’autre?
Quand la sienne même est parfois si impénétrable. Quand on ose à peine soulever le voile qui recouvre ses propres blessures, plaies béantes. Quand on ne sait même pas nommer sa propre souffrance.
Que connaît-on de la douleur des autres?
Si visible, si ostensiblement montrée, ou exploitée, si complaisamment étalée…
Que connaît-on? Et que comprend-on? Qu’accepte-t-on?
Oui, jusqu’où l’accepte-t-on? Quelle limite ne doit-elle pas dépasser, pour ne pas frôler l’indécence - la frontière au-delà de laquelle plus rien n’est supportable, et où la compassion vire à l’écœurement.
Qu’est donc la souffrance de l’autre, comparée à la sienne?
Qui donc est-il pour oser crier l’indicible, quand, soi-même, on met toute sa pudeur, toute son élégance, à ne rien révéler de ses tourments - que dis-je?-, des tortures endurées, des supplices subis, d’une âme constante ?
Qui donc est-il?
Il n’est sans doute que l’autre.
Dont on s’obstine à ignorer la souffrance.
Avec une bonne conscience effrayante.
Une indifférence à toute épreuve.
Une supériorité absolue.
Comme si l’on pouvait mettre dans le plateau d’une balance la douleur indéfinissable, l’absence, le deuil…
Quelle mesure? Quelle référence? Sinon sa propre estime - celle qui nous fait croire qu’à la place de l’autre… oui, à la place de l’autre… nous retiendrions nos sanglots et nos cris. Cela est l’évidence même…
Que connaissent-ils de ma douleur?
Ikkar
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