Question.
Est-ce que, lorsqu’on tient un blog, et que l’on sait que certains nous font l’honneur de venir le lire de temps à autre, l’on n’est pas tenté de ne plus vivre qu’au travers de ce prisme-là, de noter le moindre détail - savoir comment on pourra transposer, voire sublimer le moindre fait, qui, en temps ordinaire, ne serait que d’une banalité affligeante?
Le blog, ou comment transformer, sous le projecteur forcé de la lecture d’inconnus, le futile en événement?
Car il n’est alors plus question que du regard que les autres peuvent poser sur ce que l‘on écrit, ou tente d‘écrire.
Je suppose que le journal intime, celui que l’on cache - avec parfois le secret espoir qu’il soit découvert -, est différent . Je n’en ai jamais tenu - même aux temps héroïques de l’adolescence, où l’on est suicidaire et… immortel! -, et ignore tout de cet exercice périlleux.
J’ai toujours préféré passer de l’autre côté - parfois certainement moins douloureux que la plongée sans recours, sans retour ni complaisance, dans son passé ou ses pensées - inavouables? - . Parfois aussi, plus dangereux, lorsqu’on ne parvient plus à sortir de ses obsessions, à s’extirper de ces vies dans lesquelles on s’englue, plus vraies que la réalité, extrêmes, pour échapper à la médiocrité et à l’insignifiance .
Quel est le plus impudique? le voile levé sur ses désirs, ou ses cauchemars, ou bien celui que l’on s’ingénie à tisser et à baisser sur le scandaleux, l’abject, l’indécent? ce que l’on dit révéler de soi, ou bien ce que la commodité de l’anonymat, le prétexte de la création (ô, le grand mot!) autorisent de fantasmes? ce que l’on est, brûlures infernales, larmes et confessions, ou bien ce que l’on rêve d’être, mise en scène et faux mensonges ?
Je ne parierais pas un kopeck sur cette question plus qu’existentielle,… et sans doute sans intérêt. Pardon.
Ikkar
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