Je veux toucher à la douleur ultime, celle que l'on ne souhaite à personne - même à son pire ennemi.
Celle qui grandit les hommes , et fait tomber à genoux.
Celle qui épuise les âmes, et terrasse les corps.
Je veux toucher à cette douleur-là, celle qui ferait prier les dieux, s'ils existaient - celle pour laquelle on aimerait que les dieux existent, pour les supplier de l'arrêter - ou pour les maudire de nous y soumettre.
Je veux m'y enfoncer, savoir que rien ni personne ne pourra m'en délivrer, et m'y complaire assez pour ne pas même chercher à m'y soustraire - trop las pour me révolter, trop fragile pour me relever, trop conscient pour le vouloir.
Je veux que nul ne songe à m'aider à cet instant où la lumière explosera derrière mes paupières closes - ni main tendue, ni parole caressante.
Je veux être seul, à jamais, dans cette fracture-de-temps-là.
Seul.
Oui, je veux toucher à cette douleur-là, pour ne rien regretter - pour le suivre dans la mort, et t'y précéder.
Ikkar, Les Chants
(merci, MeL)
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